Fantasmes sexuels : quand l’imaginaire nourrit le désir… et quand la réalité bouscule

Publié le 19 janvier 2026 à 11:13

Fantasmes de quoi on parle?

Les fantasmes sexuels font partie intégrante de la vie intime. Ils traversent les pensées, stimulent le désir et nourrissent l’excitation. Pourtant, lorsqu’ils sont pris au pied de la lettre ou confondus avec des projets à réaliser, ils peuvent devenir source de confusion, de malaise, voire de souffrance relationnelle.

En sexologie, on rappelle souvent qu’un fantasme n’est pas un désir à accomplir. Sa force réside précisément dans le fait qu’il reste dans l’imaginaire. Comme l’a montré Claude Crépault, le fantasme est une production psychique qui soutient l’érotisme tant qu’il échappe aux contraintes de la réalité.

Fantasme et désir : une frontière souvent floue

De nombreux patients expriment cette confusion :
« J’y pense souvent, donc je me dis que je dois le vivre. »

Or penser, imaginer, scénariser n’implique pas nécessairement vouloir agir. Le fantasme appartient au monde interne, le désir engage le corps, l’autre, la relation, et donc des émotions bien réelles. Lorsque cette distinction n’est pas claire, le passage à l’acte peut surprendre par l’écart entre ce qui excitait mentalement et ce qui est réellement ressenti. Une fois le fantasme réalisé, il devient un désir et perd sa fonction imaginaire. 

Les fantasmes de pluralité sexuelle : fascination et idéalisations

Parmi les fantasmes les plus fréquents, ceux impliquant plus de deux personnes occupent une place importante. Triolisme, échangisme, mélangisme ou côte-à-côtisme sont souvent idéalisés comme des expériences excitantes, libératrices, presque évidentes.

En consultation, une femme raconte :
« Dans ma tête, c’était très excitant. Je me sentais ouverte, moderne, sûre de moi. Mais quand je l’ai vu toucher quelqu’un d’autre, j’ai senti mon ventre se nouer. Je ne m’y attendais pas. »

Le fantasme, ici, nourrissait une image de soi désirable et confiante. La réalité, elle, a réveillé une peur d’être remplacée, comparée, mise à l’écart.

Un homme confie de son côté :
« Je pensais que ça allait nous rapprocher. En fait, j’ai découvert une jalousie que je ne me connaissais pas. »

Ces expériences montrent que la pluralité sexuelle ne crée pas les fragilités, elle les révèle.

Pourquoi la réalité peut être déstabilisante

Dans l’imaginaire, tout est maîtrisé : les émotions sont filtrées, les scénarios ajustables, l’excitation au premier plan. Dans la réalité, le cerveau émotionnel s’invite sans prévenir. Jalousie, insécurité, tristesse, sentiment de perte ou de dévalorisation peuvent surgir, parfois après coup.

Une patiente décrit :
« Sur le moment, ça allait. C’est après, plusieurs jours plus tard, que j’ai commencé à douter de moi, de notre couple. »

Ces émotions différées sont fréquentes et souvent incomprises. Elles ne signifient pas que l’expérience était une erreur, mais qu’elle a touché des zones sensibles de l’histoire personnelle ou du lien conjugal.

Passer le cap : une décision qui se pense hors excitation

L’une des erreurs les plus fréquentes est de décider sous l’effet de l’excitation sexuelle ou pour répondre au désir de l’autre. Beaucoup disent ensuite :
« Je ne voulais pas vraiment, mais je ne voulais pas non plus le/la frustrer. »

Passer du fantasme à l’expérience suppose un réel temps de réflexion, une communication honnête et la capacité de dire non sans craindre de perdre l’autre. Un cadre clair, des règles posées à l’avance et surtout la possibilité de revenir en arrière sont indispensables.

Intégrer l’après : un temps souvent négligé

L’après est souvent plus important que l’expérience elle-même. C’est là que les émotions émergent, que les questions apparaissent, que les blessures parfois se révèlent.

Sans espace de parole, certains couples s’éloignent, chacun ruminant ses ressentis. À l’inverse, ceux qui osent dire : « Ça m’a fait plus mal que prévu » ou « J’ai été surpris par ce que j’ai ressenti » peuvent renforcer leur lien.

Le fantasme comme ressource, pas comme obligation

Tous les fantasmes n’ont pas vocation à être réalisés. Certains sont faits pour rester dans l’imaginaire, où ils jouent pleinement leur rôle : stimuler, exciter, nourrir le désir. Vouloir les incarner à tout prix peut leur faire perdre leur fonction première.

En sexologie, le travail consiste à aider chacun à comprendre ce que ses fantasmes racontent de lui, sans jugement ni injonction à l’acte. Fantasmer n’est ni tromper, ni manquer à son couple. C’est être en lien avec sa vie intérieure.

👉 Le fantasme devient problématique non pas par son contenu, mais lorsqu’on se sent obligé de le vivre.

Le cerveau, premier organe sexuel

En sexologie, on rappelle souvent que la sexualité ne commence pas dans le corps, mais dans le cerveau. Avant toute réaction physiologique, il y a une pensée, une image, une anticipation, une émotion. Le cerveau est le véritable chef d’orchestre de l’excitation sexuelle.

C’est lui qui interprète les stimuli, qu’ils soient visuels, auditifs, tactiles ou simplement imaginés. Une même situation peut ainsi provoquer du désir chez une personne et laisser une autre totalement indifférente. Ce n’est pas le corps qui décide, mais la manière dont le cerveau donne du sens à ce qui est perçu.

Une patiente l’exprime ainsi en consultation :
« Mon corps ne réagissait pas, mais dans ma tête, tout se passait. J’ai compris que ce n’était pas un problème physique, mais un décalage intérieur. »

Le cerveau associe des souvenirs, des expériences passées, des émotions et des croyances. Il peut activer le désir, mais aussi l’inhiber. Le stress, la peur, la culpabilité ou la pression de performance sont autant de freins neurologiques qui bloquent l’excitation, même lorsque le corps est en bonne santé.

C’est aussi pour cela que les fantasmes ont un tel pouvoir. Ils stimulent directement le cerveau, sans passer par la réalité. Une image mentale, un scénario imaginé ou une simple évocation peuvent suffire à déclencher des réactions corporelles intenses. À l’inverse, vouloir contrôler, analyser ou forcer le désir coupe souvent l’accès à l’excitation.

Un homme confie :
« Plus je voulais que ça marche, plus mon corps se bloquait. Quand j’ai lâché la pression, c’est revenu. »

Comprendre que le cerveau est le premier organe sexuel permet de déculpabiliser de nombreuses difficultés sexuelles. Cela ouvre la voie à un travail thérapeutique centré sur l’imaginaire, les émotions, la sécurité intérieure et la relation, plutôt que sur la performance ou la norme.

En sexologie, accompagner une personne ou un couple, c’est souvent aider à réconcilier le cerveau et le corps, afin que le plaisir redevienne une expérience vécue et non une obligation à réussir.

Accompagnement sexologique : quand consulter un·e sexologue ?

Lorsque les fantasmes deviennent source de confusion, de culpabilité ou de tension dans le couple, un accompagnement sexologique permet de remettre du sens, de la sécurité et de la liberté dans la vie intime.

En consultation de sexologie, il ne s’agit jamais de juger les fantasmes ni d’encourager leur réalisation. Le travail consiste à comprendre ce qu’ils racontent du désir, de l’histoire personnelle, du couple et du rapport au corps.

Beaucoup de patient·es consultent pour des questions telles que :
« Est-ce normal de fantasmer sans vouloir agir ? »
« Pourquoi mon désir passe par l’imaginaire mais pas par le corps ? »
« Comment parler de mes fantasmes sans fragiliser mon couple ? »
« Comment gérer la jalousie après une expérience sexuelle partagée ? »

L’accompagnement sexologique permet de différencier fantasme et désir réel, de lever la culpabilité, de sécuriser la relation et d’apaiser les tensions émotionnelles liées à la sexualité.

Consultation en sexologie : pour quoi faire concrètement ?

Une consultation sexo peut aider à :

  • comprendre le rôle des fantasmes dans le désir

  • travailler sur le cerveau comme premier organe sexuel

  • sortir des injonctions de performance sexuelle

  • restaurer l’excitation et le plaisir

  • accompagner les questionnements autour de la pluralité sexuelle

  • intégrer émotionnellement une expérience vécue

  • améliorer la communication intime dans le couple

Que la consultation soit individuelle ou en couple, l’objectif est toujours de redonner du choix, de la conscience et de la liberté dans la sexualité.

Fantasmes, désir et couple : un travail thérapeutique en profondeur

En thérapie sexologique, les fantasmes sont abordés comme un langage du psychisme, et non comme des problèmes à résoudre. Ils permettent souvent d’accéder à des besoins profonds : sécurité, reconnaissance, lâcher-prise, désirabilité, liberté.

L’accompagnement offre un cadre sécurisant pour explorer ces dimensions sans passage à l’acte imposé, sans pression et sans norme à atteindre.

👉 Consulter un·e sexologue, c’est s’autoriser à penser sa sexualité autrement, avec respect, nuance et bienveillante.

Prendre rendez-vous pour une consultation sexologique

Si vous ressentez un malaise, une perte de désir, des tensions liées aux fantasmes ou des difficultés sexuelles, un accompagnement en sexologie peut vous aider à retrouver une sexualité plus apaisée et plus vivante.

La consultation est un espace confidentiel, sans jugement, où la parole peut circuler librement, au rythme de chacun·e.

 

Gwen DUPONT 

Sexologue et thérapeute de couple 

Genève

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