Le couple après l’accouchement : accueillir un enfant sans s’oublier

Publié le 18 février 2026 à 12:37

Le couple après l’accouchement : accueillir un enfant sans s’oublier.

 

L’arrivée d’un bébé bouleverse tout : les rythmes, les émotions, les priorités, l’identité… et bien sûr, la dynamique du couple. Ce moment est magnifique, mais il peut aussi fragiliser la relation si l’on ne s’y prépare pas. Accueillir un enfant au sein du couple demande de la conscience, des choix partagés et une vraie réflexion sur la parentalité que l’on souhaite incarner.

Ce guide propose un regard clair, concret et bienveillant sur les questions essentielles à se poser avant et après la naissance.

1. Accueillir l’enfant dans la relation : un troisième qui arrive dans un duo

Un bébé ne remplace pas le couple, il s’y ajoute. La tentation est grande de se consacrer entièrement à l’enfant, mais un couple qui disparaît laisse deux parents épuisés, frustrés, parfois déconnectés.

L’enfant a besoin de parents qui existent aussi l’un pour l’autre.

2. Les erreurs fréquentes à éviter

• Penser que tout se fera “naturellement”

La parentalité n’est pas instinctive pour tout le monde. Elle s’apprend, se discute, se construit.

• Laisser un seul parent prendre le lead

Souvent, la mère devient la “référence” par défaut. Cela crée un déséquilibre, une charge mentale énorme et un père qui peut se sentir évincé.

• Croire que l’amour suffit

L’amour est essentiel, mais l’organisation, la communication et la répartition des rôles sont tout aussi déterminants.

• Négliger le couple

Un couple mis en pause trop longtemps devient un duo logistique. La connexion affective doit être entretenue.

3. Quels parents voulez-vous devenir ?

Avant la naissance, il est précieux de se poser ensemble :

  • Quels sont nos valeurs éducatives

  • Qu’est-ce qui est non négociable pour chacun

  • Quel type de présence voulons-nous offrir

  • Comment voulons-nous gérer les désaccords

  • Quelle place voulons-nous laisser à nos familles respectives

Ces discussions évitent les tensions post-partum, quand la fatigue rend tout plus sensible.

4. Définir les rôles : pas de compétition, mais de la complémentarité

En psychologie du développement, on distingue souvent deux pôles :

Figure maternelle : le pôle du soin et de la sécurité intérieure

La figure maternelle — incarnée par la mère ou par tout parent adoptant ce rôle — représente le pôle de l’enveloppe. Elle apporte :

  • les soins

  • l’émotionnel

  • les repas et le nourrissage

  • la sécurité intérieure

  • le bien‑être global

  • l’enveloppement affectif

Ce pôle construit chez l’enfant :

  • la base de sécurité

  • la confiance en soi

  • la capacité à reconnaître et réguler ses émotions

  • le sentiment d’être accueilli et légitim

    Figure paternelle : le pôle de l’ouverture et de la structuration

    La figure paternelle — incarnée par le père ou par tout parent adoptant ce rôle — représente le pôle de l’ouverture vers le monde. Elle apporte :

    • la sociabilisation

    • la persévérance

    • la loi et les limites structurantes

    • l’exploration

    • les expérimentations

    • l’extériorisation

    • la prise de risque mesurée

    Ce pôle construit chez l’enfant :

    • l’autonomie

    • la capacité à affronter la nouveauté

    • la gestion de la frustration

    • la confiance dans l’action

    • la curiosité et l’audace

      Deux pôles, une seule équipe : la complémentarité parentale

      L’enfant se dirige spontanément vers le parent qui, à un instant donné, répond le mieux à son besoin :

      • besoin de réconfort → figure maternelle

      • besoin d’explorer ou de tester → figure paternelle

      • besoin de limites → figure paternelle

      • besoin d’être apaisé → figure maternelle

      Il n’y a pas de hiérarchie. Il n’y a pas de compétition. Il y a deux forces complémentaires.

      Cette complémentarité est un pilier du développement psychique, émotionnel et social de l’enfant.

Ces rôles ne sont pas figés ni genrés : ils peuvent être incarnés par n’importe lequel des deux parents.

5. Allaitement ou non : une décision à deux

L’allaitement est souvent présenté comme une affaire de mère. Pourtant, c’est un choix de couple :

  • Quelle place le père aura-t-il dans les soins si la mère allaite

  • Comment éviter que l’allaitement devienne une charge invisible

  • Comment soutenir la mère sans pression

  • Comment préserver l’équilibre du couple

Si l’allaitement n’est pas choisi ou pas possible, le biberon permet une répartition plus équitable des soins. L’important est que la décision soit partagée et respectée.

6. Intégrer le père dans les soins et les routines

Un père qui participe dès le début crée un lien fort et naturel avec son enfant. Quelques pistes :

  • bains

  • changes

  • peau à peau

  • endormissements

  • promenades

  • rituels du soir

Plus il est impliqué tôt, plus la charge mentale se répartit et plus le couple reste équilibré.

7. Haptonomie : une parentalité à trois dès la grossesse

L’haptonomie permet au père de trouver sa place avant même la naissance. Elle crée :

  • un lien affectif précoce

  • une communication tactile avec le bébé

  • une co-présence du couple autour de l’enfant

C’est un outil puissant pour éviter que la mère devienne la seule “figure centrale”.

8. Les questions essentielles à se poser avant l’arrivée du bébé

  • Comment allons-nous nous organiser la nuit?

  • Cododo ou pas?

  • Qui fait quoi dans les soins?

  • Comment gère-t-on les visites familiales?

  • Comment se répartit la charge mentale?

  • Comment préserver notre intimité?

  • Comment gérer les désaccords éducatifs?

  • Comment rester une équipe?

Ces questions ne doivent pas être improvisées dans la fatigue du post-partum.

9. Cododo ou pas : une décision commune

Le cododo peut être sécurisant et pratique, mais il peut aussi impacter :

  • le sommeil du couple

  • l’intimité

  • la sexualité

  • la place du père

L’essentiel est de choisir ensemble, en tenant compte :

  • de la sécurité

  • du bien-être de chacun

  • de la dynamique du couple

    10. Garder une intimité de couple avant même la reprise de la sexualité

    La sexualité ne revient pas immédiatement, et c’est normal. Mais l’intimité, elle, doit rester vivante :

    • se toucher

    • se câliner

    • se parler

    • se regarder

    • se retrouver dans le lit comme couple, pas seulement comme parents

    La chambre des parents reste le terrain de jeu du couple, même si la sexualité n’est pas encore reprise.

11. S’informer ensemble : éviter que l’un prenne le lead

Lire ensemble des ressources fiables (comme les ouvrages de Laurence Pernoud) permet :

  • d’avoir une base commune

  • d’éviter les “je sais mieux que toi”

  • de réduire les tensions

  • de renforcer la cohésion parentale

S’informer à deux, c’est se donner les mêmes outils.

12. S’octroyer du temps à deux : la clé pour préserver le lien amoureux après l’accouchement

Dans le tourbillon du post‑partum, il est facile de se perdre dans les soins, les nuits hachées et les nouvelles responsabilités. Pourtant, le couple reste le socle de la famille. Même 20 minutes par jour peuvent suffire pour :

  • se reconnecter émotionnellement

  • souffler et sortir du rythme intense du quotidien

  • retrouver son identité de couple, au‑delà du rôle de parent

  • nourrir le lien amoureux, indispensable à la solidité de la relation

Ces moments n’ont pas besoin d’être extraordinaires : un thé partagé, une conversation sans téléphone, un câlin, un fou rire, un regard complice. Ce qui compte, c’est la régularité.

Un couple nourri est un couple qui tient. Un couple qui tient offre à l’enfant un environnement stable, sécurisant et harmonieux.

Conclusion : un enfant a besoin de deux parents qui restent une équipe

Le post‑partum transforme profondément la vie du couple. Entre fatigue, nouvelles responsabilités, allaitement, organisation des soins et réajustement des rôles, il est facile de perdre l’équilibre. Pourtant, accueillir un enfant au sein de la relation peut renforcer le couple… à condition d’anticiper, de communiquer et de rester une équipe.

L’arrivée d’un bébé ne doit pas effacer le couple. Le risque majeur du post‑partum est de se transformer en “colocataires logistiques”. Pourtant, un enfant a besoin de parents qui existent aussi l’un pour l’autre.

La parentalité n’est pas une fusion avec l’enfant, mais une expansion du couple. Deux parents différents, complémentaires, présents chacun à leur manière, offrent à l’enfant un socle solide.

Pas de compétition. Pas de hiérarchie. Juste une équipe.

 

« L’arrivée d’un enfant mérite une préparation pour protéger votre couple. Je suis là pour vous aider à y travailler. »

Gwen DUPONT sexologue et thérapeute de couple Genève

Prise de rdv OneDoc